4€  17° année - n° 98 MARS - AVRIL  2009


REPRÉSENTATION DES MINORITÉS ETHNIQUES AU ROYAUME UNI

Il y a vingt ans, l’ASECA organisait un colloque international sur le droit de vote des étrangers. Bernie Grant et Keith Vaz, deux des quatre membres de la Chambre des Communes issus des minorités ethniques élus en 1987, étaient présents à Amiens. Ils rappelaient qu’au Royaume-Uni, tout citoyen britannique, tout national d’un autre pays du Commonwealth et les Irlandais peuvent voter et être élus à toutes les élections, à condition de résider en Grande Bretagne et d’être inscrits sur les registres électoraux de leur commune. De fait, le Royaume-Uni était en avance sur les autres pays européens dans la représentation politique des minorités.

Une étude du bureau des statistiques de la Chambre des Communes a fait dernièrement le point.

Une progression régulière

Il n’y avait eu avant 1987 que quatre parlementaires nonblancs, tous originaires du sous-continent indien, élus en 1841, 1892, 1895 et le dernier en 1922.

L’élection en 1987 des quatre parlementaires " blacks " dont une femme, Dianne Abbott, tous travaillistes, fit sensation. Depuis le nombre de parlementaires issus des minorités ethniques augmente régulièrement à chaque élection dans un Parlement qui comprend 646 membres depuis 2005 et donc 2,3% de non-blancs, lesquels représentent près de 8% de la population du Royaume.

Cette progression est pour l’essentiel le fait du parti travailliste mais les trois principaux partis ont présenté aux dernières élections des candidats non-blancs sur des postes éligibles. Un candidat du parti libéral a été élu lors d’une élection partielle en 2004. Les conservateurs ont deux représentants de la diversité dans la Chambre des Communes actuelle. Les femmes sont sous-représentées, il y a deux Noires actuellement au Parlement et aucune Asiatique n’a jamais été élue.
 
 
1987
1992
1997
2001
2005
Parlementaires non-blancs
4
6
9
12
15

 

Les autres instances politiques

L’évolution de la représentation parlementaire se traduit aussi par la présence de 7 personnes issues des minorités ethniques parmi les 122 postes ministériels actuels du Royaume. Le premier Noir à accéder à un poste ministériel dans le cabinet du gouvernement britannique a été en 2002 Paul Boateng, le quatrième élu travailliste de 1987.

A la Chambre des Lords, le premier pair indien fut nommé en 1919 et le premier Noir en 1969. Il y a actuellement 31 représentants de la diversité sur un total de 746 pairs.

Aussi bien au Parlement Ecossais qu’à l’Assemblée du Pays de Galles, il n’y a qu’un parlementaire Pakistanais pour représenter les minorités ethniques.

Au Parlement européen, cinq, 3 conservateurs et 2 travaillistes, des 87 représentants du Royaume-Uni ne sont pasblancs.

Au niveau local, un recensement réalisé en 2006 comptait 4,1% de conseillers municipaux en Angleterre issus des minorités ethniques. Dans le Grand Londres, cette proportion était de 17,7%, contre 10,6% en 2001 et sur les 25 membres de l’Assemblée du Grand Londres, 4 sont non blancs, la population de référence était de 29% au dernier recensement. Au niveau local aussi les femmes sont sous représentées, 168 non blanches sur près de 20000 membres de conseils locaux en Angleterre.

Les comparaisons internationales

Toujours difficiles et approximatives, les comparaisons entre pays doivent tenir compte de l’ancienneté et du contexte historique de l’immigration ou de la présence antérieure de populations devenues des minorités ethniques. En Nouvelle-Zélande par exemple où les Maoris ont 7 sièges réservés au Parlement, la représentation parlementaire des minorités ethniques est presque équivalente à leurpourcentage dans la population.

Pour les comparaisons à l’intérieur de l’Union européenne, le Royaume-Uni n’est pas le meilleur élève. Les personnes issues de l’immigration représentent 8% des parlementaires aux Pays-Bas, 5,3% en Belgique, 4,3% en Suède, 3 pays où le pourcentage des minorités dans la population se situe entre 5 et 10% (voir le site internet suffrage-universel de P-Y Lambert et la note n°6 de l’ACER, 40 rue de Malte 75011 Paris). Le Royaume-Uni est cependant nettement mieux placé que l’Allemagne, 1,1% des élus au Parlement pour 5% de la population, et la France, moins de 1% des élus pour plus de 5% de la population. Les élections législatives de 2010 se traduiront vraisemblablement par une nouvelle progression du nombre de parlementaires issus des minorités visibles au Royaume-Uni. Les travaillistes comme les conservateurs ont déjà prévu des candidats de ces minorités dans des circonscriptions gagnables. Contrairement à d’autres pays, cette représentation ne fait pas débat à l’intérieur des partis politiques, elle est liée à la notion d’une citoyenneté britannique partagée par les habitants de l’Angleterre avec ceux venant des quatre coins des anciennes colonies.


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