LA LETTRE DE LA CITOYENNETE
Nationalité, droit de vote des résidents étrangers

20F 5° année -N°25 - JANVIER - FEVRIER - 1997 
SPORT SANS FRONTIERES

Il existe une supranationalité sportive qui distingue les pays reconnus par l'Onu de ceux qui reconnus par le CIO (Comité international olympique) ou par les FIS (Fédérations internationales sportives) et il n'y a guère de logique la dedans.
Le Burundi ne fut reconnu par le CIO qu'en 1993 et fut donc interdit de J.O. jusqu'à cette date. A l'inverse, le Porto Rico, politiquement étatsunien, est candidat pour l'organisation des J.O. en 2004, au titre de son Comité National Olympique (CNO) indépendant. Tahiti est représentée dans la Coupe du monde de football organisée par la FIFA. La Palestine participait déjà en 1984 aux championnats du monde de cross dépendant de la Fédération internationale d'athlétisme.

Les choses se compliquent à cause de contradictions de réglementation entre CIO et FIS. Ainsi, en football, l'Ecosse fut qualifiée au niveau FI pour les J.O. d'Atlanta (1996) mais ne pouvait l'être au niveau CIO, celui-ci ne reconnaissant que la Grande-Bretagne, laquelle n'existe pas pour la FIFA : l'Ecosse dut céder sa place à la Hongrie. Pour la FIFA, un sportif ayant représenté son pays en match international ne peut pas changer de maillot, sa vie durant. Ainsi Georges Weah, Français depuis 1993, ne peut venir à Atlanta, ayant participé à une sélection du Liberia, son pays d'origine. Ainsi Roger Boli regrette d'avoir joué un seul quart d'heure en équipe de France de football, alors qu'il souhaite maintenant représenter la Côte d'Ivoire...

Par contre, en basket-ball, qui pourtant offre la même stricte réglementation, l'argent et la puissance de la Ligue US (la NBA) ont permis une dérogation pour Hakeem Olajeiwon qui, sélectionné plus jeune avec le Nigeria, put jouer dans la Dream Team étatsunienne à Atlanta.

Toujours en basket-ball, changer de pays oblige à attendre 3 ans avant de jouer pour son nouveau pays. Mais non pour son nouveau club, depuis l'arrêt Bormann (qui libéralise les règles en matière d'étranger communautaire dans les clubs de l'UE). Devenus grecs, lichteinsteinois grâce à des naturalisations expresses, les basketteurs étatsuniens déferlent dans les clubs européens...

En athlétisme, même règle de 3 ans. Mais souplesse dans l'application : la période peut être réduite à un an avec l'accord des deux pays. Au niveau olympique, la période peut être réduite à rien avec l'accord des CNO. Les choses se sont donc bien arrangées entre l'Allemagne et la Roumanie au sujet de la sauteuse en hauteur Alina Astafei, moyennant une somme rondelette, qui est allée à Atlanta. Par contre, le coureur Wilson Kipkater n'est pas allé à Atlanta bien qu'étant allé aux championnats du monde de 1995 : Danemark et Kenya n'ont pu s'entendre (voir la Lettre de la Citoyenneté n°23).

En haltérophilie, les "réfugiés de l'Est" viennent souvent défendre les couleurs d'un pays d'"accueil" pour rentabiliser leurs exploits sportifs. Résultat : les pays qui dominent ce sport aujourd'hui étaient dans les profondeurs du classement international il y a encore 5 ans. L'Allemagne rayonne grâce aux champions de l'ex-RDA, la Turquie plane avec ses Bulgares et la Grèce brille avec son "commerce international". L'Australie se construit aussi une équipe nationale de premier plan en attirant des champions olympiques et du monde bulgares et roumains.

La fuite des muscles de l'ex-URSS ne s'est d'ailleurs pas faite sans douleurs pour les sportifs. On dit en effet que les sportifs étaient certainement parmi ceux qui avaient la plus forte "conscience soviétique". A la disparition de l'Union soviétique, le perchiste Serguei Bubka réagit en disant : "Je suis citoyen soviétique. Je considère l'éclatement de l'Urss comme une régression historique. L'Europe s'unit, supprime les frontières et nous, nous faisons le contraire". Et Igor Ter Ovanessian, longtemps président de la fédération d'athlétisme de l'URSS, déclarait : "Je vais devoir choisir mon origine. Ma mère est russe, mon père arménien, je suis né en Ukraine et j'ai longtemps vécu en Ouzbékistan. Dites-moi d'où je suis ?".

Pourquoi changer de pays et de nationalité ?

Les raisons économiques

Les Caraïbes sont un bon filon de champions pour les États-Unis. Peu ont couru pour leur pays d'origine. Mark Mc Koy fut champion du 110 m haies en 1992 pour le Canada et est devenu autrichien en 1994 pour trouver des sponsors.

Les raisons sportives

Plus facile d'être sélectionné dans une discipline dans un pays plutôt qu'un autre : ainsi le cycliste Max Saondie, né en Angleterre de mère anglaise et de père italien a opté pour la nationalité anglaise, le skieur autrichien Marc Girardelli choisit de devenir luxembourgeois.

Les raisons sentimentales

Le gymnaste chinois Li Dong-hua est devenu champion du monde pour la Suisse après son mariage avec une Helvète.

Fiona May, qui représentait la Grande-Bretagne aux J.O. de 1992, est devenue championne du monde de la longueur sous les couleurs de l'Italie après son mariage avec le perchiste Iapichino.

Les raisons politiques

Zola Budd, la jeune coureuse sud-africaine, barrée par la suspension de son pays, obtint par parenté sa naturalisation britannique en avril 1984 grâce à une procédure express. Elle redevint sud-africaine en avril 1988.

Quant au futur, il peut devenir a-national : les logos des sponsors remplacent peu à peu les emblèmes nationaux. Les équipes nationales seront-elles remplacées par les équipes de marque ?

Informations extraites d'un dossier paru dans le n°744 de L'Équipe magazine avant les Jeux Olympiques d'Atlanta et intitulé Jeux sans frontières ?. Les auteurs, Françoise Inizan, Alain Lunzenfichter et Jean-Christophe Collin commençaient ainsi leur article : t Il sera impossible au JO d'Atlanta d'échapper aux tours d'honneur des vainqueurs entortillés dans leur drapeaux nationaux. Pourtant, les liens qui unissent les champions à leur pays n'ont jamais semblé aussi lâches. On change de pays, on achète une nationalité, les règles compliquées s'entrechoquent. Comprenne qui pourra...".


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