
4€ 15° année - n° 90 NOVEMBRE - DECEMBRE 2007
Dans les mois qui ont précédé
les élections municipales de 2002 à Amsterdam, l’on a beaucoup
reproché au parti social-démocrate, qui dirige la coalition
dans la capitale depuis de nombreuses années, de ne pas inclure
un candidat d’origine Turque en tête de liste. Un candidat potentiel
avait été écarté par la commission en charge
de former la liste parce qu’il dirigeait l’organisation religieuse Milli
Görüs à Amsterdam. Un candidat d’origine turque figurait
bien sur la liste, mais en position apparemment inéligible, puisqu’en
bas de liste. Cette personne fut pourtant élue, grâce aux
nombreux votes dits préférentiels exprimés en sa faveur,
dont une grande partie provenait des électeurs turcs.
Ce fait d’actualité montre comment les immigrés
peuvent jouer un rôle dans la politique locale, à laquelle
ils participent depuis que le droit de vote aux municipales a été
accordé aux étrangers en 1985. Mais plus généralement,
cet exemple montre comment la légitimité et la représentation
politique peuvent être liées aux problématiques d’immigration
et d’intégration dans une ville où une grande partie de la
population est d’origine immigrée, notamment par le biais de la
question de l’ouverture du système politique, et du recrutement
du personnel politique local.
La création des conseils d’arrondissements
entre 1981 et 1990 à Amsterdam semble par ailleurs avoir joué
un rôle important dans l’accès aux listes électorales,
puis à des sièges dans les conseils d’arrondissements. En
1987 et 1990, 14 conseils étaient mis en place pour la première
fois : il y avait de nombreux nouveaux postes à pourvoir. De plus,
les étrangers avaient obtenu le droit de vote aux élections
locales en 1985, et les partis politiques voulaient montrer leur ouverture
à ce nouvel électorat en incluant des personnes d’origine
immigrée sur leurs listes. Cette combinaison de facteurs semble
avoir eu un effet d’ouverture sur la politique locale.
L’étude des parcours politiques des immigrés
élus en 1990 et 1994 à Amsterdam éclaire le processus
de recrutement du personnel politique. Les partis jouent un rôle
essentiel en décidant de qui sera candidat. Ils choisissent également
en grande partie les personnes qui auront accès à un mandat
électif, bien que ceci soit pondéré par la possibilité
de votes préférentiels. La stratégie de recrutement
des partis est telle que ces élus sont sociologiquement plus proches
des autres élus que des communautés immigrées, entre
autres par leur niveau d’études. Le fait que presque tous soient
de nationalité néerlandaise, et que la moitié l’était
avant 1985 – avant que les étrangers n’obtiennent le droit de vote
aux élections locales aux Pays-Bas – montre de plus que les élus
semblent avoir été dans une logique de distinction par rapport
à leur communauté, et d’inclusion par rapport à la
société d’accueil. Pourtant, une fois en politique, ils disent
qu’il leur est difficile d’échapper à l’image d’élu
mmigré. Cette stigmatisation plus subie que choisie opère
en particulier lors de l’accès à la politique, et découle
du rôle que d’autres (les partis et les immigrés) veulent
leur faire jouer, à savoir représenter la diversité
en politique.
Dans l’exercice du mandat de conseiller, le rattachement
– à la fois réel et supposé – à des communautés
d’immigrés impose à ces élus de revêtir une
fonction particulière, mais de façon moins prépondérante
que lors des campagnes lectorales. Diverses conceptions de la représentation
peuvent alors être combinées.
Les immigrés élus au début
des années 1990 ne poursuivent pas leur parcours politique à
d’autres niveaux (régional, national) et au-delà de deux
ou maximum trois mandats. Sur ce dernier point, les élus d’origine
immigrée ne se distinguent pas fondamentalement de leurs collègues
autochtones. L’ethnicité qui jouerait en faveur de leur entrée
en politique ne suffit pas à les faire progresser dans les carrières
publiques, ni à les y maintenir.
Laure Michon
Doctorante à l’Institut des Etudes
sur les Migrations d’Amsterdam