4€  15° année - n° 90 NOVEMBRE - DECEMBRE 2007



LES OBSTACLES INSTITUTIONNELS ET POLITIQUES






Les sondages montrent que, désormais, l’opinion publique est majoritairement favorable au droit de vote des étrangers. On peut dire que cette évolution est le fruit du travail militant puisque certains labourent le terrain depuis près de 30 ans. Les dernières opérations,
" Votation citoyenne ", ont entraîné la participation de 30 000 personnes en 2002, 60 000 en 2004, 80 000 en 2005. Il faut espérer que le nombre de 100 000 participants sera largement dépassé lors de la prochaine " votation citoyenne " car le travail militant agit à plusieurs
niveaux : population, médias et politiques.

L’obstacle est politique

La loi, votée à l’Assemblée nationale n’a jamais été mise à l’ordre du jour du Sénat par opposition de la conférence des présidents de
groupe à majorité de droite du Sénat. Par manque de volonté politique du gouvernement Jospin. Tout ceci témoigne de l’absence de
 volonté politique. Certes, la majorité du Sénat aurait très probablement voté contre cette réforme. Mais cela n’interdisait pas à ceux qui
 étaient favorables de montrer l’importance qu’ils accordaient à cette question.

Par suite d’un vide juridique, jusqu’en 1992, le maire pouvait convoquer tout ou partie de la population de la commune dans le cadre d’une consultation sur tel ou tel sujet d’intérêt local. La loi de 1992, sur " l’organisation territoriale de la République " a formalisé cette possibilité de consultation en la réservant aux seuls électeurs. Elle exclut ainsi les non électeurs en particulier les ressortissants non communautaires. Une telle consultation ne met pas en question la souveraineté ni nationale, ni municipale. Désormais, elle ne peut plus être organisée légalement.
La Constitution a été modifiée en 2003 en maintenant l’exclusion des extra communautaires de tous les référendums locaux et en limitant la participation des communautaires au minimum exigé par le respect du traité de Maastricht : la participation au niveau municipal.

Il y a bien des obstacles juridiques à l’exercice du droit de vote par les résidents étrangers. Mais ces obstacles peuvent être surmontés politiquement. C’est toute l’histoire d’un suffrage qualifié d’universel, seulement par espérance, mais qui progresse lentement, par étapes, depuis 1848, étendu aux femmes en 1944, aux 18-21 ans en 1974, partiellement aux citoyens non français de l’Union européenne en 1992.

Dans ce long combat vers le suffrage universel, vers une démocratie plus ouverte, les obstacles ne sont importants que par notre faiblesse, notre timidité. Il a été répété à satiété que la citoyenneté est inséparable de la nationalité alors que nous savons maintenant que des résidents étrangers peuvent participer à certaines élections politiques dans 64 des 192 pays qui siègent à l’Onu, soit un tiers des pays et dans la moitié des pays démocratiques, c’est ce qu’a montré dans sa thèse Hervé Andrès (voir La Lettre n°87). Que, de plus en plus, la résidence est un critère d’attribution de droits et notamment de droits politiques. Que dans les démocraties, les personnes, les forces politiques sont chaque
jour plus nombreuses à se prononcer dans le sens de l’ouverture.

Modifier la Constitution

Il fut un temps où parler de modifier la Constitution apparaissait comme un crime. Mais la Constitution a été modifiée 13 fois depuis 1992
et ce n’est pas fini ! Le " comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vème
République " a avancé, récemment, 77 propositions pour adapter les institutions aux volontés du président de la République. Nul ne sait
 ce qu’elles deviendront mais ce qui est bien certain, il n’y est pas question du droit de vote des résidents étrangers.En cas de victoire de
 la gauche à la présidentielle, le PS avait annoncé un paquet de réformes constitutionnelles dont le droit de vote des résidents étrangers.
 Avec la victoire de Nicolas Sarkozy, arrive le paquet sans le droit de vote !

On pourrait dire des choses très proches au niveau européen. Il faut, évidemment, des textes pour donner des droits.

C’est le traité de Maastricht qui en instituant la citoyenneté de l’UE a établi une discrimination entre résidents étrangers communautaires et extra communautaires. Les pays qui avaient donné le droit de vote l’avaient donné à tous les étrangers quelle que soit leur nationalité. Les autres ne l’avaient donné à aucun.

Au Royaume Uni, les ressortissants du Commonwealth qui n’ont pas la nationalité britannique, qui n’ont pas la nationalité de l’un des Etats membres, qui n’ont pas la citoyenneté de l’UE, ont le droit de vote et d’éligibilité à toutes les élections. Un Indien, un Pakistanais peut donc
voter lors des élections européennes, il peut même être député européen. Il est clair qu’il existe des obstacles juridiques sur la longue route
du suffrage universel, aussi bien au niveau national qu’au niveau européen mais ils ne sont pas insurmontables. Tout dépend de la volonté politique.
 
 

Paul Oriol


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