LA LETTRE DE LA CITOYENNETE

NATIONALITE, DROIT DE VOTE DES RESIDENTS ETRANGERS

20F 9° année -N°50 - MARS-AVRIL 2001


M. Philippe SEGUIN découvre le XVIIIe

Dans un entretien au Monde du 15/03/01, Philippe Seguin a déclaré : "Vous pouvez passer un aprés-midi complet dans le XVIIIe et ne pas voir un électeur. Il y a un décalage entre le pays légal et le pays réel que je n'avais encore jamais mesuré à ce point. C'est pourquoi ma réflexion évolue sur deux points : l'extension aux ressortissants des pays de la Francophonie du droit de vote aux élections municipales, reconnu aux étrangers communautaires ; et il faudra impérativement dés lors qu'on ne les expulserait pas, régulariser les sans papiers, faute de quoi on n'arrive pas à traiter leurs problèmes et à les intégrer. Le ni-ni de Jospin (ni régularisation, ni expulsion) est insoutenable et explosif." Les campagnes électorales ont du bon, y compris les parachutages ! Ainsi, cela a donné l'occasion à Philippe Seguin, candidat au poste de maire de Paris, député, ancien ministre, ancien président de l'Assemblée nationale de découvrir qu'il y a en France des résidents étrangers, les uns sans droit de vote, les autres sans-papiers.

Et d'en tirer les conclusions logiques : qu'on ne peut administrer une commune en excluant une partie significative de sa population du droit de vote ; qu'on ne peut tolérer éternellement que des gens qui ne peuvent être expulsés ne soient pas régularisés.

Mais M. Seguin a encore des progrès à faire : d'abord parce que les étrangers communautaires ont aussi le droit de vote aux élections européennes et M. Seguin semble l'oublier. Ensuite parce qu'on comprend mal que ce qui serait bon pour les résidents étrangers qui viennent d'autres pays.

Il y a actuellement en France 3 catégories de citoyens, sans compter les sans-papiers : les nationaux qui ont le droit de vote à toutes les élections, les citoyens de l'Union européenne qui ont le droit de vote aux élections municipales et européennes et les autres qui n'ont le droit de vote à aucune élection. M. Philippe Seguin ajouterait les résidents venant des pays de la Francophonie qui auraient le droit de vote aux seules élections municipales. Les autres restant dans la catégorie des exclus !

Après la conversion de Chevènement, celle de Seguin (au-delà de leurs insuffisances, au delà des possibles arrière-pensées électorales) n'en est pas moins intéressante. Elle montre que peu à peu la réalité s'impose. Mais des contradictions demeureront tant que ne sera pas adoptée de façon claire la notion de citoyenneté de résidence.

Paul Oriol
 
 
Les évêques pour le droit de vote des étrangers

Dans une déclaration intitulée "Les municipales, une chance pour la démocratie" publiée le 10 janvier, la commission sociale des évêques de France plaide pour le droit de vote de tous les étrangers aux élections municipales, originaires de l'Union européenne ou non. Les membres de l'épiscopat ont souligné que "la peur de l'autre qui se manifeste dans le racisme et la xénophobie est une menace pour la démocratie." Les étrangers résidant en France "participent à la vie économique et sociale", ont-ils prôné. "Ne serait-il pas souhaitable que l'on examine les conditions dans lesquelles les résidents originaires d'autres pays que ceux de l'UE pourraient obtenir le droit de vote dans le cadre des élections municipales ?" C'est la première fois que l'Eglise catholique de France prend position sur ce sujet.
 
 

Cimade

Lors de son Assemblée du 13 janvier, la Cimade, service œcuménique d'entraide, a pris position sur le droit de vote des étrangers aux élections locales : "...des populations étrangères titulaires de ce droit seraient considérées autrement par les élites politiques et par la population française elle-même. Du point de vue symbolique, ce serait affirmer que la citoyenneté peut réunir ce que la nationalité ou les cultures séparent encore : participer ensemble à la décision politique locale vivifierait la démocratie locale comme démocratie de proximité..."
 
 

Les Trois collectifs

Le 14 mars, dans une conférence de presse commune, "Même sol : mêmes droits, même voix", "Pour une véritable citoyenneté européenne" et "Un résident, une voix" ont fait le bilan des initiatives prises durant la campagne électorale et annoncé les prochaines actions : rassemblement le 4 mai devant le Sénat pour demander la mise à l'ordre du jour de cette assemblée, de la proposition de loi votée le 4 mai 2000 à l'Assemblée nationale ; adoption de vœux en faveur du droit de vote des résidents étrangers dans les conseils municipaux, généraux et régionaux ; demande au gouvernement français de ratifier la Convention n°144 du 5 février 1992 du Conseil de l'Europe sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau local ; interpellation des candidats aux prochaines élections sénatoriales, législatives et présidentielles.

Tous résidents, tous citoyens

600 personnalités ont signé la pétition "Tous résidents, tous citoyens" qui relève l'exclusion des élections municipales de milliers de femmes et d'hommes vivant en France. "Nous trouvons inadmissible cette discrimination politique. C'est pourquoi nous lançons cet appel pour que le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales et européennes soit reconnu à tous les résidents quelle que soit leur nationalité."
 
 

Colloque à l'Assemblée nationale

Organisé par le "Comité de suivi des lois sur l'immigration," le collectif "Pour une véritable citoyenneté européenne", un colloque a eu lieu le 20 janvier sur le thème : Tous citoyens ! Citoyenneté européenne pour tous les résidents : est-elle possible ? Est-elle souhaitable ? Deux députées européennes, Yasmine Boudjenah et Alima Thiery-Boumediene ont apporté leur contribution au débat.
 
 
 
 


Lettre de la Citoyenneté n°50 : SOMMAIRE

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