LA LETTRE DE LA CITOYENNETE

Nationalité, droit de vote des résidents étrangers


20F 6° année -N°31 - JANVIER-FEVRIER 1998

LOI SUR LA NATIONALITE

Les grandes lignes de la nouvelle loi adoptée le 1.12.1997 à l'Assemblée nationale (elle le sera définitivement fin janvier) sont les suivantes :
- acquisition de droit à dix-huit ans pour toute personne née en France de parents étrangers si elle y réside et y a résidé cinq années de façon continue ou discontinue entre onze et dix-huit ans, sauf si elle y renonce ;
- anticipation volontaire entre seize et dix-huit ans par l'intéressé ou entre treize et seize ans par ses parents, avec son accord :
- suppression des cas d'empêchement d'acquisition en raison de condamnation quand l'intéressé était mineur ;
- condition de séjour supprimée pour les réfugiés statutaires ;
- rétablissement du double droit du sol pour les Algériens mais pas pour les personnes originaires des autres anciennes colonies ;
- attribution d'un titre d'identité républicain aux étrangers de moins de dix-huit ans, nés en France.

25 000 enfants chaque année

La population des enfants d'étrangers, nés en France, s'élève à 25 000 personnes environ, chaque année.
Cette loi, présentée par Mme Guigou, modifie la loi précédente adoptée le 22.07.1993, présentée par M. Méhaignerie. Cette dernière disposait principalement que toute personne née en France de parents étrangers acquérait la nationalité française entre seize et vingt et un ans si elle en manifestait la volonté. Elle remplaçait la loi qui s'est appliquée pendant cent quatre ans, depuis 1889, avec quelques retouches en 1927 et en 1973, loi de 1889 qui donnait la nationalité de droit à dix-huit ans, sauf refus de l'intéressé. Un apport de 1973 fut que "les parents étrangers résidant depuis cinq ans en France peuvent demander la nationalité anticipée pour leur enfant, dès la naissance." Le Gouvernement actuel a donc choisi une solution intermédiaire.
Non sans divergences en son sein, puisque, si le PS a voté cette loi comme un seul député, y compris ceux qui ont regretté que la loi n'aille pas plus loin (MM. Mermaz, Yamgnane, Mme Benayoun-Nakache - "être français, cela ne se mérite pas, cela se vit" et "il faudra un jour institutionnaliser le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales"), le PCF et les Verts se sont abstenus, ayant défendu des positions beaucoup plus progressistes, en particulier demandant la création d'un "droit du sol à la naissance", pour aller ainsi jusqu'au bout de l'expression du Premier ministre selon lequel "le droit du sol est consubstantiel à la nation française", le rétablissement du double droit du sol aux enfants des personnes nées dans les anciennes colonies, la naturalisation par mariage sans délai.
La droite (RPR et UDF) a adopté une position de fermeture vis-à-vis des étrangers, par son vote systématiquement négatif des amendements et articles, par la production par certains de ses membres d'arguments qui mélangent tout, jusqu'à fleurer fort le racisme : favoriser la nationalité française, c'est une expression du colonialisme, la polygamie, les condamnations pénales, une immigration devenue majoritairement africaine donc moins intégrable, la plurinationalité. D'autres arguments ont eu un air plus engageant, tel le souci de l'expression de volonté des personnes concernées. Une proposition positive de sa part : naturalisation facilitée des francophones. L'amendement a été repoussé par 78 contre et 8 pour. La position de ces partis est si confuse que le Front National, par la bouche de son représentant, M. Le Chevalier, s'est permis de faire d'une proposition de loi présentée par des ténors du RPR le 4.06.1986 un amendement présenté par lui : celui-ci disait que la nationalité française s'acquiert soit par filiation soit "dans les autres cas, la nationalité ne doit pouvoir s'acquérir que si elle est demandée et si l'étranger en est jugé digne, c'est à dire par la naturalisation".
Exit le droit du sol. La droite s'est référée au sang versé par les étrangers pour la France (tirailleurs sénégalais, goumiers marocains à Monte Cassino, légionnaires, groupe Manoukian...) pour constater que l'exclusivité du droit du sang est révolue. Les députés du PCF en ont fait une créance de la France envers les étrangers (avec la traite des nègres et la colonisation). Au fond, un seul, et non des moindres, M. Mazeaud, député UDR-RPR depuis 30 ans, a sauvé un fragment de l'honneur de la droite, en déclarant : "pour qu'il n'y ait pas deux catégories de Français, il faut que les enfants d'étrangers sachent qu'ils sont français depuis leur naissance" et en votant l'amendement établissant le droit du sol dès la naissance.
Parmi les arguments en faveur de l'acquisition de droit et de bonne heure de la nationalité, la référence à l'école comme lien de socialisation et d'intégration l'a emporté de loin. L'acquisition de la nationalité est aussi vue comme un facteur d'intégration. Moins souvent a été présente l'idée que la population concernée est la plus touchée par le chômage et l'exclusion et qu'il ne faut pas trop charger la barque.
Parmi les initiatives remarquées mais rejetées par les votes, on peut noter la proposition de J. Dray (PS) de créer une journée annuelle de la citoyenneté, lors de laquelle le maire rassemble tous les jeunes de dix-huit ans "qu'ils aient la nationalité française ou qu'ils l'obtiennent dans les conditions prévues par le Code civil"...


Sur le sujet voir LETTRE N°30 : REFORME DU CODE DE LA NATIONALITE

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