LA LETTRE DE LA CITOYENNETE

NATIONALITE, DROIT DE VOTE DES RESIDENTS ETRANGERS

20F 9° année -N°50 - MARS-AVRIL 2001


Elections locales françaises : une petite place pour les Européens et les immigrés

Les 11 et 18 mars, les conseillers municipaux des 36 000 communes de France et la moitié des conseillers généraux ayant en charge la gestion des départements ont été renouvelés. Nous ferons dans un prochain numéro une analyse détaillée de ces élections mais il est déjà possible d'en tirer quelques premiers enseignements.

Une première pour les Européens : Les ressortissants des pays de l'Union européenne, qui avaient déjà eu la possibilité de voter en 1994 et 1999 pour les européennes, ont pu pour la première fois participer aux élections municipales. Les informations sur ce nouveau droit venant des ministères concernés et de la plupart des communes ont été tardives et très insuffisantes. Malgré la mobilisation des associations, le nombre d'Européens inscrits sur les listes électorales est faible. Les inscriptions progressent cependant d'élection en élection : près de 100 000 aujourd'hui, 74 339 en 1999 et 47 508 en 1994.Le ministère de l'Intérieur n'a fourni pour le moment que les résultats des 36 villes métropolitaines de plus de 100 000 habitants, moins de 9 millions d'habitants sur le 58 millions de métropole : 18 917 Européens inscrits avec des différences très importantes, de 4 % des ˇlecteurs potentiels à Marseille à 30 % à Strasbourg en passant par 10 % à Lille et Amiens.Les inscriptions ont ˇtˇ relativement plus nombreuses dans les villes moyennes et les petites communes où ils ont constitué parfois un petit événement local : un article du Courrier Picard raconte comment Paulo FACHERIS, Italien de 80 ans habitant depuis 1944 à Rainneville dans la Somme, a voté pour la première fois le 11 mars dans son village, avec 2 autres Italiens et 2 Portugais.991 Européens, 389 Portugais, 144 Italiens, 79 Britanniques..., se sont portés candidats. Ils sont plusieurs centaines à être ˇlus, ce qui est loin d'être négligeable.Sur les onze conseillers municipaux de Festes dans l'Aude, il y a désormais un Allemand et un Autrichien. Sur les 27 conseillers, de Cerizay dans les Deux-Sèvres, il y a désormais 3 Portugais...

Des candidats et des élus issus de l'immigration : Dans ses publications sur les élus d'origine maghrébine des élections municipales précédentes, Vincent Geisser insistait sur le côté "immigré de service" de la plupart d'entre eux. Pour palier leur absence sur les listes des partis, des immigrés avaient présenté sans grand succès des listes autonomes en 1995. En 2001, ils sont plus nombreux à se retrouver en position éligible, à droite comme à gauche (2 ˇlus sur la liste de Jean-Louis Debré à Evreux), voire en tête de liste de parti comme Slimane Tir, d'origine algérienne et premier des Verts à Roubaix. Dans cette ville o¯ 40 % de la population est d'origine maghrébine, 3 listes sur 9 étaient menées par un immigré. Aux cantonales, 2 nouveaux élus communistes, Abdel-Madjid Sadi à Bobigny et Azzedine Taïbi à Stains remplacent 2 sortants français de touche qui ne se représentaient pas. Pour sa part, Kofi Yamynane a été réélu maire de Saint-Coulitz et conseiller général du Finistère.

Le succès des Motivé-e-s : La nouveauté des dernières municipales a été la présence dans plusieurs villes avec des scores supérieurs à 10 % au premier tour des listes "citoyennes", hors parti, o¯ se retrouvaient de nombreux immigrés. Ce mouvement lancé à Toulouse autour du groupe musical Zebda a eu un impact important sur les jeunes des banlieues et a amené de nouveaux électeurs vers les urnes. Il a aussi fait peur et Salah Amokrane, la tête de liste toulousaine des Motivé-e-s expliquait ainsi l'échec du 2e tour : "La droite a fait campagne sur mon nom et cultivé le sentiment anti-arabe". Il restera une percée électorale et une mobilisation tout à fait inhabituelle qui fera date.

Le droit de vote pour tous les étrangers : Pratiquement a absente des débats électoraux il y a 6 ans, la revendication du droit de vote pur tous les résidents étrangers n'a pas été totalement oubliée en 2001. Les 3 collectifs "Même sol : mêmes droits, même voix", "Un résident, une voix" et "Pour une véritable citoyenneté européenne" ont questionné les candidats des grandes villes ; vingt étrangers non communautaires du collectif "Un résident, une voix" ont été présentés symboliquement comme tête des vingt listes des Verts à Paris ; des scrutins parallèles ont eu lieu à Amiens, Paris, Strasbourg.... avant ou le jour de l'élection ; Philippe Seguin a fait une découverte .

La campagne électorale aura de fait redynamiser les militants du droit de vote des étrangers. Dans une conférence de presse commune entre les 2 tours, les 3 collectifs ont annoncé la relance de la mobilisation, en particulier le 4 mai, jour anniversaire du premier débat parlementaire sur le droit de vote. La volonté de trouver une place pur la représentation des résidents étrangers a été annoncée par plusieurs des candidats élus à Paris ou en province.Il reste à souhaiter que ces bonnes intentions se concrétisent et que les pionniers de Mons-en-Baroeul, Strasbourg ou Bourg-en-Bresse, non réélus le 18 mars, trouvent des successeurs. Bernard Delemotte


Lettre de la Citoyenneté n°50 : SOMMAIRE 

VOIR : MUNICIPALES 2001 dans Migrations société

Dans le n° 30 : LES IMMIGRES ET LES ELECTIONS MUNICIPALES DE 1995,

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