4€  12° année - n° 67 JANVIER - FEVRIER 2004


Italie : MÊME GIANFRANCO FINI

EST POUR LE DROIT DE VOTE DES IMMIGRÉS

Mardi 8 octobre, le président de l'Alliance nationale (parti de droite, héritier de la tradition fasciste) et vice-président du gouvernement italien durant la conférence du Conseil national de l'économie et du travail sur l'immigration en Europe, a sidéré tout le monde en soutenant qu'il était nécessaire de voter rapidement une loi en faveur du droit de vote des immigrés ayant un titre de séjour (donc un travail régulier depuis six ans) pour les élections municipales.

La nouvelle a été un coup de tonnerre dans un ciel serein et toute la discussion politique italienne s'est concentrée seulement là-dessus pendant une semaine.

Les raisons de cette initiative de l'adjoint de Berlusconi et de l'auteur aussi d'une des lois les plus racistes sur l'immigration (loi Bossi-Fini entrée en vigueur depuis plus d'un an) sont multiples et résident en grande partie dans les équilibres internes à l'actuelle majorité du gouvernement. Trop souvent en fait, ces derniers mois, le protagoniste de la scène politique a été le chef de la Ligue Nord, Umberto Bossi, ministre pour les réformes institutionnelles du gouvernement et leader indiscuté du parti contre les immigrés en Italie.

Sa présence excessive dans les organes d'information et le poids politique considérable qu'il a pris dans le gouvernement grâce à ses fréquentes initiatives racistes et xénophobes, doivent avoir irrité Gianfranco Fini et l'avoir poussé à prendre tout le contre-pied pour reconquérir les premières pages des journaux. Ceci n'est certainement pas la raison principale mais une de celles que tout le monde reconnaît comme une cause de l'initiative de Fini. Il est probable que Fini a voulu aussi rééquilibrer dans des confrontations avec un électorat modéré et catholique, les conséquences ravageuses de la loi qui porte son nom et donner, à l'Europe, durant le semestre italien de présidence, le signe d'une force politique qui a à cur les principes démocratiques.

Par-delà les raisons qui ont poussé Fini à avancer cette proposition qui correspond en Italie à une bataille de la gauche depuis plus de quinze ans, cela a certainement modifié la scène politique italienne dans des relations avec le thème de l'immigration et a rendu possible une loi qui octroie le droit de vote aux immigrés.

Maintenant, il faudra attendre les initiatives parlementaires concrètes pour savoir quel est l'espace réel pour cette loi et combien de temps il faudra pour arriver à son approbation.

La proposition de Fini s'appuie sur une proposition de loi présentée par l'ex-ministre de la solidarité sociale du gouvernement précédent, le député Livia Turco, sur le même sujet. Traitant d'une proposition de réforme de la Constitution, elle aura besoin d'une majorité des deux tiers pour passer au Parlement.

L'actuelle coalition théoriquement le pourrait parce qu'aux votes de l'opposition, favorables au droit de vote, s'uniraient ceux du parti de Fini et les ex-démocrates chrétiens du gouvernement Berlusconi.

En fait, depuis quelques mois, le parti des démocrates de gauche (PDS), a lancé une campagne nationale sur le droit de vote et beaucoup de maires et de présidents de régions ont proclamé leur intention de reconnaître aux immigrés résidents, leur droit de vote aux élections municipales et régionales. La proposition de Fini a surpris tout le monde, mais a aussi rendu possible cette réforme au niveau national autant que local. Ceci pourrait être vraiment la bonne occasion pour l'Italie.

Filippo Miraglia


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