4€ 18e année N°106 JUILLET - AOUT 2010
La très large victoire des conservateurs du FIDESz aux élections législatives hongroises d’avril 2010
s’est rapidement traduite par la mise en application d’une des mesures phares de leur programme :
donner la possibilité aux Hongrois de souche vivant dans les pays voisins d’obtenir la nationalité
hongroise.
Une revendication ancienne et partagée
En 1920, au traité de Trianon, la Hongrie fut amputée de près des deux tiers de son territoire et, 90
ans plus tard, trois millions et demi de Magyars vivent dans les autres pays d’Europe centrale,
notamment en Roumanie (1,4 millions) et en Slovaquie (530 000). Depuis la chute des républiques
socialistes de l’Est, les Magyars de l’extérieur font l’objet d’une sollicitation constante des partis
politiques hongrois. En 2004, un référendum d’initiative polaire proposé par le FIDESz, alors dans
l’opposition, « Faut-il accorder la nationalité hongroise aux Magyars des pays limitrophes ?», se solde
par une abstention massive et une courte majorité de « non ».Depuis, tous les partis politiques sont
d’accord pour accorder la nationalité hongroise aux minorités ethniques hongroises de l’extérieur.
Nationalité sans droit de vote
Dès le 26 mai, les Parlementaires hongrois ont adopté, par 344 voix pour, 3 contre et 5 abstentions,
un amendement à la loi sur la nationalité qui permettra aux membres des minorités hongroises
résidant dans les pays voisins de demander la nationalité hongroise à condition qu’ils parlent
hongrois et qu’ils justifient d’avoir des ascendants hongrois. Cette double nationalité qui sera
possible à partir du 1er janvier 2011, doit faire l’objet d’une requête individuelle et ne donne pas le
droit de vote. Seuls les Hongrois résidant en Hongrie continueront à avoir le droit de voter en
Hongrie !
Les réactions en Slovaquie
A l’exception de l’Ukraine où les habitants sont automatiquement privés de leur nationalité
ukrainienne dès lors qu’ils obtiennent celle d’un autre pays, tous les pays concernés par le vote du
parlement hongrois acceptent déjà la double nationalité et la mesure peut apparaître purement
symbolique. Elle a cependant entraîné des réactions violentes en Slovaquie qui était en campagne
électorale pour le renouvellement de son Parlement. En représailles, le Parlement a adopté
une loi privant automatiquement de la nationalité slovaque tout ressortissant qui prendrait celle
d’un autre Etat. Mais les élections du 12 juin ont changé la majorité parlementaire et un nouveau
parti représentant la minorité hongroise et qui veut jouer le dialogue et l’apaisement a obtenu 8,1 %
des voix et 14 députés, alors que le parti traditionnel de la minorité hongroise, plus radical, n’a plus
de représentant au Parlement.