22e année  N°130 JUILLET - AOUT 2014


Belgique : élections et allochtones

Le 25 mai 2014 a été une journée électorale chargée en Belgique : élections régionales qui ont lieu tous les cinq ans en même temps que les élections européennes (voir La Lettre de la citoyenneté n° 129) mais aussi élections des parlementaires de la Chambre des représentants pour un mandat de quatre ans.

 

Des allochtones très présents dans les campagnes électorales

Comme lors des scrutins précédents, de nombreux Belges d’origine non européenne étaient candidats et très présents dans les campagnes électorales.

Dans la région bruxelloise notamment, entre 25 et 45 % des candidats, tous partis confondus, étaient d’origine étrangère. Pour l’historien Paul Wynants, cette présence « répond simplement à l’élargissement considérable de l’électorat d’origine extra-européenne. Les partis y ont naturellement vu des niches électorales à investir ». Même si l’ancienne députée bruxelloise Sfia Bouarfa estime que « les partis sont parfois peu regardants à l’égard des candidats qu’ils placent sur leur liste »,

Paul Wynants pense que « la qualité des candidats s’est améliorée et les partis ont une attitude plus responsable qu’il y a dix ans ». Le politologue Pascal Delwit affirme pour sa part qu’« il faut relativiser l’influence du facteur d’appartenance communautaire dans le vote... Si 40 à 45 % des citoyens d’origine maghrébine à Bruxelles votent pour le PS, c’est parce qu’ils ont le même statut socioprofessionnel ».

En plus des nombreux panneaux électoraux officiels, des affiches électorales recouvrent des commerces tenus par des allochtones. La tractothèque du site « suffrage-universel » de Pierre-Yves Lambert recense

beaucoup de ces affiches.

L’utilisation dans les documents de propagande d’une autre langue que les trois officielles du pays est classique mais en 2014, et c’est nouveau, la langue turque a été utilisée par exemple par des candidats turcophones mais aussi par des candidats non turcophones. Autre exemple, deux associations, CHANGE et Initiative citoyenne des jeunes belgo-congolais, ont organisé un grand débat des candidats subsahariens auquel ont participé des candidats de huit partis différents.

 

Voix de préférence et « sexe linguistique »

Le système électoral belge permet de modifier l’ordre des candidats sur les listes des partis. Les voix de préférence accordées à certains candidats permettent de les faire élire malgré une mauvaise position de départ.

Cette particularité est très utilisée depuis qu’il y a des candidats allochtones. Pour le Parlement de la région bruxelloise en 2014, la moitié des votes de préférence pour quatre élu(e)s turcophones viennent de deux cantons, Schaerbeek et Saint-Josse-Ten-Noode, habités par une grande partie des immigrés en provenance de Turquie. Les candidats soutenus par les milieux diplomatiques n’ont, semble-t-il, pas obtenu suffisamment de votes de préférence pour entrer dans les assemblées belges.

Autre particularité qui a été préjudiciable à un candidat d’origine algérienne : lorsqu’il se présente à une élection régionale bruxelloise ou fédérale, chaque candidat doit indiquer le groupe linguistique auquel il appartient. Il continue à appartenir à ce groupe linguistique à chaque élection ultérieure.

Parce qu’il avait été candidat en 1999 sur une liste néerlandophone, Brahim Datoussaid n’avait pas le droit d’être candidat en 2014 sur une liste francophone. Les médias belges parlent de « sexe linguistique » !

 

Beaucoup d’élus en région bruxelloise

Comme lors des scrutins précédents, c’est au Parlement de la région bruxelloise qu’on retrouve le plus d’élu(e)s d’origine étrangère, 22 dont 5 femmes (24 en 2009, 19 en 2004) : 12 d’origine marocaine, 4 d’origine turque, 2 d’origine congolaise, 1 d’origine guinéenne, 1 d’origine pakistanaise, 1 d’origine égyptienne et 1 d’origine rwandaise. 16 sont réélu(e)s et 6 sont de nouveaux élu(e)s. 11 des élu(e)s candidataient sur la liste du Parti socialiste, 5 sur celle du Centre démocrate humaniste (ancien Parti social chrétien), 2 sur celle du Mouvement réformateur, 2 sur celle du Parti du travail de Belgique, 1 sur celle du Parti social démocrate et 1 sur la liste Ecolo.

Au Parlement fédéral (Chambre des représentants), les élus d’origine non-européenne n’étaient que 6 après les élections de 2010, ils sont 13 en 2014.


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