4€  12° année - n° 70 JUILLET- AOUT 2004



 

ELECTIONS EUROPEENNES DE JUIN 2004
 
 
 
 
 
 

C'est la sixième fois depuis 1979 que des scrutins sont organisés pour désigner les représentants des États membres au Parlement européen. Du 10 au 13 juin 2004, le vote s'est déroulé dans 25 pays, ils n'étaient que 9 concernés en 1979. De scrutin en scrutin, la participation diminue et les électeurs se sont majoritairement abstenus dans 18 des 22 États où le vote n'est pas obligatoire. La progression de l'abstentionnisme n'est pas spécifique aux élections européennes et se retrouve, à de rares exceptions près, pour tous les scrutins dans l'ensemble des démocraties occidentales.

La participation des étrangers

Les résidents étrangers ressortissants d'un autre État membre de l'Union européenne ont pu, pour la troisième fois, participer à ces élections. Pour ce faire, ils doivent être inscrits dans la plupart des pays sur une liste électorale complémentaire ; cette inscription est définitive sauf décès, déménagement ou demande expresse de l'intéressé. Il est donc logique qu'à chaque scrutin un nombre plus important de résidents étrangers soient inscrits et puissent voter. Le pourcentage de participation de cette catégorie d'électeurs n'est malheureusement pas communiqué, mais doit suivre la même évolution abstentionniste que l'électorat national.

Malgré une information insuffisante, le nombre d'inscrits sur les listes complémentaires a presque doublé entre 1999 et 2004 en France et progressé de 55 % en Belgique.

Nous reviendrons dans un prochain numéro de La Lettre sur la participation dans les autres pays.
 
 

Élections

européennes Belgique France

1994             23 721  47 508

1999             38 233  74 339

2004             59 384 145 624
 
 
 
 

En Belgique où le vote est obligatoire pour les inscrits et où il y a eu de ce fait 91 % de participation électorale, plus de 12 % des Italiens et des Français qui représentent la majorité des résidents européens non-nationaux ont pu voter en 2004. Les inscriptions des ressortissants communautaires sont relativement plus importantes dans les petites communes que dans les grandes. Elles étaient supérieures à 15 % en Wallonie, de l'ordre de 10 % en Flandre, inférieures à 8 % dans la province d'Anvers et dans la région de Bruxelles.

En France, les Portugais qui se trouvaient parmi les Européens s'étant les moins mobilisés les fois précédentes, sont passés de 17 168 à 43 368 inscrits entre 1999 et 2004. Entre ces deux scrutins, la progression des Italiens est de 65 %, celle des Belges de 59 %. Le pourcentage d'inscrits pour les européennes reste inférieur, mais se rapproche des 16,5 % d'Européens en âge de voter inscrits pour les élections municipales de 2001.

La possibilité offerte, depuis le traité de Maastricht aux Européens résidant dans un autre État que le leur, de voter dans leur pays d'origine ou dans leur pays de résidence, est utilisée de manière très différente suivant les nationalités comme le montre des données de 1999 mais globalement la citoyenneté de résidence progresse.

Nombre de nationaux résidant à l'étranger votant dans l'État d'origine et dans l'État de résidence aux élections européennes de 1999.

                Nombre de                         Nombre de

                votants dans                      votants dans

leur pays                           leur pays de                 d'origine                             résidence

Allemagne     2 708                                 44 644

Autriche      30 911                                   4 291

Belgique          136                                 15 463

Espagne     342 504                                 15 579

Irlande              220                                  2 638

Italie         1 003 353                               53 363

Pays-Bas       17 010                               16 592

Portugal         94 957                               24 363
 
 
 
 

Candidats et élus

Le mode de scrutin, en particulier en France le nouveau découpage en huit régions électorales, explique en partie les difficultés qu'ont eues les étrangers européens comme les nationaux issus de l'immigration à se trouver en position éligible. La presse a fait état également des difficultés administratives rencontrées par l'Union pour la démocratie française (UDF), pour inscrire sur sa liste une Italienne et une Luxembourgeoise, le ministère de l'Intérieur contestant dans un premier temps la validité des documents fournis par les municipalités d'origine habilitées dans leur pays à renseigner sur les "capacités électorales" des candidats.

Seule l'Union pour une majorité populaire (UMP), à la demande expresse du président Chirac, a présenté un étranger en position éligible, l'ex-pilote de rallye automobile finlandais Ari Vatanen. Par contre, et c'est une première, les deux principaux partis français ont présenté chacun une tête de liste issue de l'immigration, Tokia Saïfi pour l'UMP dans le Nord-Ouest, Kader Arif pour le Parti socialiste dans le Sud-Ouest. À ce niveau, il ne peut s'agir d'"immigrés de service" mais de personnes ayant des responsabilités et un rôle important dans leur parti respectif. À défaut d'avoir leur place dans les partis traditionnels, plusieurs des têtes de liste "divers" étaient d'origine immigrée, en Ile-de-France notamment. Le cas de la liste Euro-Palestine est particulier : son objectif très ciblé et clairement affiché a rencontré un écho dans la banlieue parisienne, ce qui amène le politologue Pascal Perrineau à parler d'un phénomène d'"ethnicisation du vote".

Plusieurs élus européens sont des représentants des minorités ethniques dans leur pays : Livia Jaroka, anthropologue et ancienne présentatrice de radio élue sur la liste de la Fédération des jeunes démocrates (FIDESZ), est une représentante des Roms de Hongrie ; Tatjana Zdanoka élue en Lettonie veut fédérer les minorités russes résidant dans l'UE ; la coalition des partis hongrois obtient 2 des 14 sièges en Slovaquie ; Ural Öger, d'origine turque, est élu sur la liste du Parti social-démocrate en Allemagne...



 
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