4€ 18e année N°105 MAI - JUIN 2010
suffrages exprimés. Mais, souvent, on ne le précise même pas. Ceux qui font usage de cette manière
de présenter ces résultats – parmi lesquels, souvent des militants aguerris- se trompent et
désinforment autour d’eux en reprenant ce qui est écrit et dit dans les médias.
Une manipulation massive
Les pourcentages ne sont même pas donnés par rapport aux votants !!! Ce qui signifie en effet que
Les votes blancs et nuls comptent pour quantité négligeable, c’est-à-dire sont considérés comme
n’ayant aucune importance. C’est bien une manipulation massive dans laquelle tombent 99,9% des
gens.
C’est à dire, quand on donne le taux de participation, on compte les blancs et nuls, et quand on
donne les soi-disant «résultats», ils disparaissent.
Mais la manipulation est encore plus vaste. Dans une démocratie, normalement, ce sont les
CITOYENS qui doivent élire leurs représentants (dans une démocratie dite « représentative » .... qui
se discute). Tous les citoyens doivent pouvoir compter ... même quand ils ne s’expriment pas.
Les résultats des votes devraient être donnés par rapport au nombre de CITOYENS.
Dans la plupart des démocraties «réellement existantes» on ne compte pas le nombre de citoyens.
On ne compte que les citoyens qui ont fait une démarche servant à créer deux catégories de
citoyens, ceux qui déclarent vouloir faire partie d’un «corps électoral», en s’inscrivant sur des listes à
cette fin, et ceux qui ne veulent pas en faire partie ou n’ont pas le droit d’en faire partie parce
qu’étrangers. Sur la base d’un raisonnement que le « bon sens commun » intériorise facilement, et
qui consiste à dire « le citoyen est libre de voter (être électeur et se déclarer comme tel) ou de ne pas
voter ». S’il ne veut pas voter, c’est de sa responsabilité. ... Mais, il a donc une responsabilité! Celle-ci
est ce qui caractérise un citoyen... y inclus celle de ne pas vouloir se responsabiliser de la conduite
des affaires publiques. Cette masse est variable : il faut la compter et lui donner un sens - c’est la
démocratie qui l’exige.
Qui a le droit d’être citoyen ?
Combien de citoyens y a-t-il en France ? Problème. Le citoyen est un national ou une personne en
possession de ses capacités (pour être en mesure de décider et être responsable de ses actes) ? Ou
une personne qui vit dans la société présente, qui interagit avec ses congénères dans la société dans
laquelle il-elle vit ?
La France, pays encore attaché à des principes arriérés, prétend dur comme fer que seuls les natio-
naux peuvent être citoyens. Elle a du accepter, contrainte et forcée par un traité européen, les
étrangers de l’Union qui s’inscrivent sur une liste électorale complémentaire.
Mais à l’exclusion de citoyens présents dans notre société -qui ne sont pas tous des nationaux,
s’ajoute celle de ceux qui se sont auto-exclus du corps électoral. Diverses études en sciences politi-
ques estiment ceux-ci à environ 10% des inscrits.
La bagatelle de 4 à 4,5 millions d’adultes. Le « corps électoral potentiel » (selon la loi électorale)
Serait donc proche de 47,5 millions de citoyens. Quid des citoyens non-nationaux ? Ils peuvent être
Estimés à 2 à 3 millions. Donc,
en France, le nombre decitoyens serait de l’ordre de 50 millions.
Un million de votants signifie 2% des citoyens
Cela veut dire concrètement qu’un million de votes signifie 2 % du nombre de citoyens de ce pays.
Cela veut dire que seulement un citoyen sur 50 a exprimé sa préférence pour telle ou telle formation
Politique ou personnalité qui a obtenu un « résultat de 4% » des « votants » (mot utilisé souvent à la place de « suffrages exprimés »).
Il faudrait également réfléchir sur les «technologies électorales» mises en place pour réduire le
Nombre de suffrages exprimés à un corps électoral divisé entre « abstentionnistes et non-exprimés »
d’une part et « participants exprimés» d’autre part (certes, ce ne sont pas toujours les mêmes mais il
y a des « accros » à chacun des deux « comportements »). Quelles sont les caractéristiques de ceux
qui s’expriment et celles de ceux qui ne s’expriment pas ? Ceux qui s’expriment ce sont ceux que les
« conditionnalismes » de la société n’ont pas fait renoncer à y intervenir (tout est relatif), et qui sont
« façonnés » en « opinion publique » (voir les écrits de l’observatoire critique des médias
ACRIMED)... ce qui fait qu’il est possible - et à large échelle- de faire voter les gens contre leurs
propres intérêts. La droite est ainsi structurellement « garantie » de tenir le pouvoir à long terme.
Mais pas totalement garanti ... c’est un aspect qui fait que le système comporte des « failles ». Des «
failles » qui font que, par exemple, un grand pays comme la Chine, ne s’y aventure pas.
Albano Cordeiro