
4€ 16° année - n° 91 JANVIER - FEVRIER 2008
Mars 2008
Le 19 décembre 1987, 793 étrangers résidant à Amiens ont élu quatre des leurs pour les représenter au conseil municipal de la ville.
Il y a vingt ans l’installation de ces conseillers associés, initiée deux ans auparavant à Mons-en-Baroeul, était une tentative de contourner
l’impossibilité pour les étrangers de voter dans le cadre réglementaire. Il s’agissait aussi de peser dans le débat sur l’adoption par la France
du droit de vote des étrangers aux élections locales, déjà reconnu dans plusieurs pays européens. Malheureusement sept municipalités seulement
ont pris à l’époque une telle initiative, ce qui fut insuffisant pour influer sur la politique nationale.
A Amiens, le vote fut à l’origine de l’Association de soutien à l’expression des communautés d’Amiens, ASECA, et, cinq ans plus tard,
du lancement de La Lettre de la citoyenneté, observatoire mais aussi acteur dans les combats pour l’accès à la citoyenneté et à la nationalité
des étrangers résidant dans les différents pays de la planète. Ces dernières années en France, il y eut d’autres modalités d’intervention politique,
conseils de résidents étrangers, référendums locaux, votations citoyennes… mais, en mars 2008, une nouvelle fois, les étrangers non ressortissants
de l’Union européenne ne pourront participer au renouvellement des conseils des 36 000 communes.
Après ces élections, les élus, en particulier dans les grandes villes, auront la responsabilité de prendre de nouvelles initiatives et de trouver les moyens
d’associer à la gestion communale les perpétuels exclus du vote. Des actes forts et symboliques devront permettre une participation politique des
étrangers à la vie de la cité et prouver que celle-ci est non seulement possible mais nécessaire. Puisque le droit ne bouge pas en France sur ce sujet, il
faut que la pratique le précède, le bouscule et rende indispensable la modification constitutionnelle tant attendue.