4 Euros 14e année - N° 80 MARS AVRIL 2006
ÉDITO
En France, il y a peu, il était de bon ton de reprocher aux militants du droit de vote des étrangers, d'agiter un chiffon rouge qui allait donner des armes au Front national et aux autres racistes patentés.
Avant ou après une élection, cela n'était jamais le bon moment d'en parler. Aujourd'hui, non seulement le sujet n'est plus tabou, mais il devient politiquement correct.
Le débat qui vient d'avoir lieu au Sénat est de ce point de vue révélateur (voir Sénat). Il est notamment instructif de comparer le discours du ministre de la Justice, Pascal Clément, lors de ce débat et ce que le même Pascal Clément, alors député de l'opposition, disait à l'Assemblée nationale lors du débat qui a précédé en mai 2000 l'adoption du projet de loi présenté par Noël Mamère. En 2000, le droit de vote des étrangers est la "première pierre d'un édifice communautariste... son adoption aurait pour effet, non pas d'améliorer l'intégration des immigrés, mais au contraire de ruiner à nouveau la sérénité..." En 2005, "le mérite de cette proposition de loi est de faire réfléchir... les Français acceptent une évolution de la citoyenneté, nous le voyons bien".
Toujours au Sénat, répondant récemment à une question d'Alima Boumediene-Thiéry, la ministre déléguée, Christine Lagarde, affirme : "il est légitime que ce débat puisse être ouvert en France... l'octroi du droit de vote aux élections municipales peut être un signe fort en faveur du renforcement de l'intégration des étrangers qui respectent notre loi, qui vivent sur notre sol et qui contribuent à la valeur de notre pays."
Les actions militantes dont la dernière votation citoyenne et l'évolution des sondages ont fini par ébranler les certitudes de la droite. On peut légitimement penser qu'une loi sera votée après les échéances électorales de l'année prochaine. Raison de plus pour ne pas relâcher la pression, en particulier sur les futurs candidats à ces présidentielle et législatives. C'est aussi dans cet esprit qu'une nouvelle votation citoyenne aura lieu du 16 au 22 octobre prochain.
Le droit de vote aux élections municipales ne supprimera
pas toutes les inégalités entre étrangers selon qu'ils
sont Européens ou non. La mobilisation pour une citoyenneté
européenne de résidence doit se poursuivre.