
4€ 13° année - n° 77 SEPTEMBRE - OCTOBRE
2005
ÉDITO
Ce n'est pas une réelle surprise, mais le score est sans appel : les Français issus de l'immigration africaine et turque sont massivement favorables au droit de vote des résidents étrangers non-européens aux élections locales. On pouvait craindre que, du fait d'une nationalité acquise ou héritée plus récemment, nombre d'entre eux souhaiteraient se réserver leurs nouveaux droits et ne pas en faire bénéficier ceux qui n'ont pas réussi ou choisi de devenir Français. Il n'en est rien. Ceci balaie d'ailleurs un classique et ancien argument des opposants au droit de vote des étrangers qui prétendaient que ce droit n'intéressait pas les immigrés.
On sait par ailleurs que les Français dans leur ensemble sont devenus favorables au droit de vote des étrangers. (voir La Lettre n°75).
Que 23 % des Français issus de l'immigration ne soient pas inscrits sur les listes électorales est une constatation moins réjouissante. Mais ne font-ils pas partie, pour la majorité d'entre eux, de catégories socioprofessionnelles, ouvriers et employés, dont on sait par ailleurs qu'ils participent le moins à la vie politique ? Comme les Français de souche de ces catégories, ils sont peu représentés dans les partis politiques, encore moins parmi les candidats et les élus aux différentes élections.
Il y a néanmoins, comparativement à d'autres pays développés, un retard spécifiquement français dans la représentation politique de ceux qu'on appelle ailleurs les minorités ethniques (voir le tableau sur la "Représentation politique des minorités etniques dans divers parlements" dans ce même numero).
En tout état de cause, l'étude du Cevipof
est un encouragement à poursuivre le combat pour le droit de vote
des étrangers et pour que les personnes issues de l'immigration
trouvent enfin une juste place dans les pays d'accueil, en particulier
dans la vie démocratique et les instances représentatives
de ces pays.