
4€ 12° année - n° 69 MAI - JUIN 2004
Grâce au soutien des
Amis de Tribune socialiste (ATS) et de la Coordination française
du réseau européen de lutte contre le racisme ( ENAR-France),
La Lettre de la Citoyenneté a organisé fin avril dans les
cinq plus grands pays de l'Union européenne des sondages coordonnés
par l'Institut CSA sur le droit de vote des résidents étrangers
aux élections municipales et européennes. L'étude
fait apparaître une majorité d'opinions favorables, même
si en France on assiste à un recul.
Une majorité d'opinions favorables
Les résultats peuvent être comparés en France avec les sondages que nous réalisons depuis 1994 et, dans les autres pays, avec un sondage réalisé en 2000 mais qui ne questionnait que sur les élections européennes. Même si, de ce fait, les comparaisons ne peuvent être que prudentes, l'application des résultats aux populations en âge de voter dans les cinq pays enquêtés donne une légère majorité d'opinions favorables par rapport aux "opposés". En 2000, les "opposés" étaient plus nombreux que les "favorables" et il ne s'agissait que des seules élections européennes.
L'Espagne et l'Italie se distinguent des autres pays par une proportion plus importante qu'ailleurs des opinions favorables. Ces résultats sont proches de ceux de 2000 et concordent avec d'autres sondages qui placent toujours les populations de ces deux pays parmi les premières en Europe aussi bien pour l'attitude favorable à l'égard des immigrés que pour accorder le droit de vote aux étrangers.
Les résultats au Royaume-Uni sont eux très différents de ceux de 2000 : en 2004, il y a légèrement plus de "favorables" que d'"opposés" alors que les deux tiers des répondants étaient opposés en 2000 mais, cette année-là, le fait que la question ne portait que sur les européennes a dû jouer négativement : les scores les plus défavorables étaient retrouvés dans deux pays particulièrement eurosceptiques, le Danemark et le Royaume-Uni.
En Allemagne, les résultats sont, à l'inverse moins favorables qu'en 2000 mais le contexte actuel est celui d'un net repli des organisations politiques sur l'accueil et l'intégration des immigrés dans le pays.
Quelques variables fonctionnent
de manière sensiblement identiques quel que soit le lieu de résidence
des personnes interrogées. Première variable : l'âge.
Les plus jeunes sont plus favorables au droit de vote des étrangers
que les plus âgés. Seconde variable : la catégorie
socioprofessionnelle. D'une manière générale, l'attitude
à l'égard du droit de vote des étrangers est d'autant
plus favorable que la personne interrogée dispose d'une situation
sociale aisée et/ou d'un niveau d'études supérieures.
En revanche, peu de différences sont à relever selon le sexe
de l'interviewé : les femmes étant très légèrement
plus favorables que les hommes à l'extension du droit de vote.
Les Français en recul
Dans une progression relativement régulière des opinions favorables depuis 1997, le recul de cette année est comparable à celui observé en 2001. L'effet du 11 septembre avait été évoqué alors. Y a-t-il eu à nouveau un réflexe anti-immigrés lié au terrorisme international, au débat sur le voile islamique... ? D'autres sondages réalisés récemment en France semblent aller dans ce sens. On ne peut que constater que ce revirement de l'opinion n'a pas touché l'Espagne, au premier chef concernée par le terrorisme.
D'une manière générale, on constate en France depuis 2001 deux tendances :
1. Les Français sont plus distants à l'égard des étrangers. Ils croient moins que par le passé dans leur capacité à pouvoir s'intégrer à la société française.
2. La persistance de la crise économique, la perception de la montée de la précarité et du chômage, la difficulté des Français à entrevoir des perspectives politiques pour les résorber entraînent un repli individualiste et une focalisation sur les étrangers.
Ce ne serait donc pas tant l'attitude à l'égard du terrorisme que celle liée à la perception de la situation économique et sociale dans le pays qui constituerait une variable d'explication et de variation de la posture sur la question.
Le recul est de même ordre dans les différentes catégories étudiées. Il est comparable pour les partisans de la gauche, de la droite et pour ceux qui n'ont pas de préférence politique. Les personnes âgées de moins de 35 ans, celles d'un niveau égal ou supérieur au Bac et celles résidant dans l'agglomération parisienne restent majoritairement favorables au droit de vote des étrangers.
L'opinion française est hésitante sur la question : depuis plusieurs années, les propositions moyennes "assez favorables" et "assez opposés" représentent les deux tiers des réponses. Les résultats de 2004 sont comparables à ceux de 1998 et restent loin des premiers sondages où les deux tiers des questionnés étaient opposés au droit de vote des étrangers avec des "très opposés" presque deux fois plus nombreux qu'aujourd'hui.
Bernard Delemotte
Jean-Daniel Lévy (Institut CSA)