LA LETTRE DE LA CITOYENNETE

NATIONALITE, DROIT DE VOTE DES RESIDENTS ETRANGERS


20F 7° année -N°38 - MARS -AVRIL 1999

LES CONSEILLERS MUNICIPAUX ISSUS DE L'IMMIGRATION MAGHREBINE DANS L'AGGLOMERATION LYONNAISE

Communication lors de la journée d'études sur la participation politique des résidents étrangers organisée à Amiens le 15 janvier par l'ASECA

C'est en 1989 que sont apparus les premiers conseillers municipaux issus de immigration maghrébine, soit quelques années après les événements des Minguettes et la Marche des Beurs (1983) dans l'agglomération lyonnaise.

Les principales caractéristiques des communes ayant "accueilli" des populations migrantes sont les suivantes :

- Une forte tradition ouvrière où l'implantation communiste ou socialiste est ancienne, à Vénissieux, Saint-Fons, Saint-Priest, Givors, Pierre-Bénite.

- Des quartiers où la situation sociale se dégrade sous l'effet des politiques urbaines des années 60/70.

- Une population étrangère importante (plus de 10 % de la population totale), avec 24 % d'étrangers à Saints-Fons, 22 % à Vaulx-en-Vélin, 17 % à Vénissieux et 16 % à Pierre-Bénite.

Au sein de la Communauté Urbaine de Lyon (COURLY), on dénombrait six élus d'origine maghrébine pour le mandat 1989-95, principalement dans l'Est lyonnais. A partir de 1995, le phénomène s'est développé. Nous avons ainsi pu recenser dix-sept communes (1) ayant un ou deux élus d'origine maghrébine parmi leurs conseillers municipaux, soit vingt-deux élus locaux sur les 4 260 conseillers municipaux de l'agglomération lyonnaise : dix-neuf à la périphérie de Lyon et trois dans des conseils d'arrondissement de la ville de Lyon.

Ce sont les formations politiques de gauche qui rassemblent le plus d'élus locaux d'origine maghrébine, la palme revenant au P.S. (neuf communes socialistes), qui ne disposent pas d'autant de militants (seulement quatre élus sont militants socialistes).

La capacité de la droite à mobiliser des élus d'origine maghrébine est plus faible que à gauche. L'extrême-droite peut se targuer elle aussi d'avoir un élu local d'origine maghrébine. C'est le seul élu du département du Rhône. Il exerce sa fonction d'élu de l'opposition dans une ville socialiste. Placé en 8ème position sur la liste FN "alors que le candidat PS issu de l'immigration n'était lui, qu'en 30ème position" (2) il siège depuis 1995 au conseil municipal.

- La fonction politique

La répartition par fonction politique donne un total de deux adjoints au maire, cinq conseillers municipaux délégués et un conseiller municipal associé sur les vingt-deux élus locaux issus de l'immigration maghrébine de la région lyonnaise. Les quatorze autres conseillers participant à des commissions, siègent dans des conseils d'administration.

La relégation en fin de liste des candidats d'origine maghrébine est un fait observable dans la plupart des formations politiques, excepté à l'extrême-droite.

Les attributions qui leurs sont confiées dévoilent les intentions des appareils politiques et révèlent la force des préjugés à l'égard de cette minorité ethnique :

La "sécurisation de l'espace public" sous sa forme préventive (Prévention de la délinquance) ou curative (Sécurité des biens et des personnes).

L' "intégration" des populations étrangères par la "citoyenneté", "la politique de la ville", "la communication/jeunesse".

La culture, ou plutôt ses dérivés ("relations avec l'office du tourisme", "parcours touristiques" et "patrimoine").

Les droits de l'homme, la lutte contre l'exclusion.

Si la majorité des conseillers est acquise à l'idée qu'ils représentent l'ensemble des citoyens, tous ne sont pas pour autant convaincus que les intentions des appareils politiques sont de même nature. Plus de la moitié d'entre eux dénoncent l'instrumentalisation du fait migratoire par le parti socialiste. Ils reprochent aux cadres dirigeants d'avoir manqué à leur parole et s'estiment sous-représentés.

"On a milité à gauche... et on a fait le bilan de tout ça. Résultat : moi je vois bien au niveau des Régionales (3), rien pas une place... Que ce soit à gauche ou à droite, le bilan est toujours le même."

Nous étions partis de l'idée que les nouvelles formes d'action des conseillers municipaux issus de l'immigration maghrébine pouvaient constituer un apport essentiel pour la collectivité et la démocratie. Leur apparition en pleine "crise de la représentation", au moment où la société civile mettait en question le rôle de 'l'état et des relais traditionnels, nous semblait être la manifestation d'une ouverture politique et culturelle.

L'enthousiasme qui a succédé à leur élection a été de courte durée. L'état de grâce passé, il a fallu admettre que leur participation n'avait en rien modifié les pratiques politiques et institutionnelles et la représentation sociale de cette "minorité ethnique" mise à mal par les multiples réformes de l'immigration.

Ainsi, en 1998, lors du scrutin des régionales, la gauche n'appliquera pas la méthode dite du quota utilisée lors des élections municipales de 1995. Mise en confiance par la dérive de la droite et ses erreurs stratégiques, elle se passera de l'apport des populations d'origine étrangères. L'éviction de S. BAKHA (4) de la liste des Verts, et celle de B.C. DJOUDI de la liste de C. MILLON (4) en sera la plus flagrante illustration.

Lorsque la gauche est en difficulté, elle puise dans la réserve électorale que constituent les populations françaises de confession musulmane. Lorsque sa cote de popularité est favorable, elle se dispense de cette partie de son électorat.

Véronique TERKMANI

auteur d'une étude sur le sujet,

présentée dans le cadre d'un Diplôme Universitaire à la Faculté d'Anthropologie et de Sociologie, Lyon 2

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(1) Pierre-Bénite, Givors, Villeurbanne, Lyon 1, Lyon 3, Lyon 8, Bron, Décines, Vaulx-en-Velin, Saint-Fons, Chasses sur Rhône, Vienne, Saint-Priest, Villefontaine, Grigny, Vénissieux, Rillieux-la-Pape.

(2) Propos tenus par C. Kaouche dans une interview au Figaro, 26/11/97, La "trahison" d'un beur lyonnais.

(3) Elections régionales de mars 1998.

(4) Voir articles "La révolte de l'immigration", Lyon Figaro, 14/02/98 et "Une éviction à remous", Le Progrès, 18/02/98.


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