
4€ 14° année - n° 84 NOVEMBRE - DECEMBRE
2006
••• Belgique
Les deux faits marquants des élections municipales du 8 octobre sont la relative stabilisation des scores néanmoins toujours inquiétants, de l'extrême droite flamande et l'importante progression des élus d'origine étrangère. Dans les 19 communes de la région bruxelloise, il y a dorénavant 145 originaires du Maroc (94), de Turquie (20), du Congo (15) et d'ailleurs sur les 663 élus municipaux, alors qu'ils n'étaient que 91 en 2000 et 14 en 1994. En Flandre comme en Wallonie, dans toutes les grandes villes, le nombre de néo-Belges élus a également fortement progressé.
Une fois de plus l'utilisation du vote préférentiel a contribué à ce résultat : les candidats allochtones ont bénéficié de voix personnelles leur permettant d'être élus même s'ils avaient été placés en fin de liste par leur parti : Filip Dewinter, le leader de l'extrême droite flamande attribue le résultat à "la légion des étrangers" ! Il assimile les naturalisés et les non-Belges non-européens qui ont voté pour la première fois à ces élections (voir La Lettre n°83).
La campagne électorale a donné lieu à une personnalisation importante et certains ont parlé de "clientélisme ethnique". Si les partis ouvertement communautaristes, comme le parti des Jeunes musulmans, n'ont fait que de la figuration comme lors des scrutins précédents, il est reproché aux grands partis, particulièrement au Parti socialiste et au CDH (Centre démocrate humaniste, ex Parti social-chrétien) de n'avoir pas été très regardant sur le passé et les convictions démocratiques de leurs candidats allochtones.
C'est ainsi que, dans la commune de Scherbeek, un des élus socialistes, dénoncé pour ses sympathies avec l'organisation d'extrême droite turque des Loups gris, a été contraint à démissionner quelques jours après son élection.
Pour Jean-Paul Marthoz, directeur de la revue Enjeux internationaux, "les partis politiques doivent tenir compte des communautés qui ont gardé de solides attaches avec leur pays d'origine et introduisent, à l'occasion, des préoccupations " étrangères " au sein des enjeux politiques locaux".
Citant l'exemple américain et l'influence des conflits dans les pays d'origine sur les communautés d'origine irlandaise, cubaine, mexicaine…, J.-P. Marthoz en conclut que si cette influence est éminemment légitime, elle peut avoir un impact négatif. "Le cordon sanitaire ne doit pas seulement être établi autour du Vlaams Belang ou du Front national, mais aussi autour de tous les extrémistes et de tous les " assassins de la mémoire "" (Le Soir du 5 septembre 2006).